L’article en bref
La maladie de Lyme équine, transmise par les tiques, reste mal comprise malgré sa présence en France.
- Transmission par tique : Ixodes ricinus doit rester fixée minimum 24 heures pour transmettre Borrelia burgdorferi.
- Symptômes variables : Fièvre, raideur, boiterie intermittente, uvéite chronique. Aucun érythème caractéristique comme chez l’homme.
- Diagnostic complexe : La sérologie ELISA génère de faux positifs. Le Western Blot et la PCR sont plus fiables.
- Traitement : Antibiotiques tétracyclines pendant 3 à 4 semaines avec effets secondaires importants.
- Prévention essentielle : Inspection quotidienne, produits insecticides, herbe courte. Aucun vaccin homologué disponible.
Entre 12 et 48% des chevaux en France ont déjà croisé la bactérie responsable de la maladie de Lyme sans jamais tomber malades. Ce chiffre m’a frappé la première fois que je l’ai lu, parce qu’il remet pas mal de choses en perspective. Ici, au centre équestre, on surveille nos chevaux de très près, et pourtant le sujet reste souvent mal compris, même chez des propriétaires expérimentés. Alors je vais t’expliquer clairement ce qu’est réellement la maladie de Lyme du cheval, ce qu’elle provoque, et ce qu’il faut vraiment surveiller.
La borréliose équine : une maladie transmise par les tiques
L’agent responsable et son vecteur
La maladie de Lyme, appelée aussi borréliose, est causée par la bactérie Borrelia burgdorferi, un spirochète appartenant à l’ordre des Spirochaetales. Onze espèces différentes de cette bactérie ont été identifiées, et plusieurs peuvent infecter les équidés. Ce n’est pas une maladie récente : elle a été décrite d’abord aux États-Unis, puis signalée en Europe, spécialement au Royaume-Uni, en Allemagne, en Suisse, en France, en Pologne, en Slovaquie et en Turquie.
En Europe, le majeur vecteur est Ixodes ricinus, une tique minuscule de 3 millimètres à 1 centimètre à peine. Au Québec, c’est Ixodes scapularis, la tique du cerf à pattes noires, qui est majoritairement impliquée, notamment dans des régions comme la Montérégie, l’Estrie, la Mauricie et le Centre-du-Québec. Une étude menée en France en 2010 a confirmé la présence de Borrelia burgdorferi sur notre territoire, ce qui n’est plus une surprise pour personne aujourd’hui.
Une fois accrochée au cheval, la tique doit rester fixée au minimum 24 heures pour transmettre la bactérie. Si tu inspectes ton cheval chaque jour et que tu retires la tique rapidement, le risque est très limité. C’est pour ça que je martèle à tous mes cavaliers : vérifiez vos chevaux après chaque sortie en forêt ou en zone humide, surtout au printemps et en été.
Qui est vraiment à risque ?
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, un cheval vivant au box peut aussi se faire mordre. Les tiques ne se limitent pas aux prairies ou aux sous-bois. La maladie n’est pas contagieuse entre chevaux : un cheval porteur ne contaminera pas son voisin de box. En revanche, si l’environnement est infesté, plusieurs animaux du même lieu peuvent être touchés.
La maladie est une zoonose : elle touche aussi bien les humains que les chiens, les chats et les chevaux. Au Canada, la progression chez l’homme est révélatrice : 128 cas en 2009, 258 en 2011, puis 682 en 2013. Chez le cheval, la prévalence exacte reste inconnue, mais elle serait au moins équivalente à celle observée chez l’homme dans les zones concernées.
Symptômes et diagnostic de la maladie de Lyme chez le cheval
Des signes cliniques difficiles à cerner
C’est là que ça se complique vraiment. Les symptômes de la maladie de Lyme chez le cheval sont extrêmement variables et non spécifiques. Ils peuvent apparaître entre 3 jours et plusieurs mois après la morsure. Chez l’homme, 93% des personnes touchées présentent l’érythème chronique migrant, cette tache rouge caractéristique. Chez le cheval, ce signe n’existe pas. C’est une difficulté diagnostique majeure.
Voici les principaux signes à surveiller :
- Fièvre modérée, raideur musculaire, sensibilité anormale au toucher
- Boiterie intermittente ou chronique avec inflammation articulaire, touchant un ou plusieurs membres
- Uvéite chronique, perte de poids, changement de comportement, signes neurologiques
J’ai eu un cas ici avec un de mes chevaux d’élevage : il présentait une légère raideur et une baisse de forme inexpliquée pendant plusieurs semaines. On a d’abord pensé à un problème musculaire banal. Le diagnostic de Lyme n’est venu qu’après avoir écarté d’autres causes. Ce genre de situation est fréquent.
Des tests fiables, mais à interpréter avec prudence
Le diagnostic ne peut pas reposer uniquement sur l’examen clinique. Deux types de tests existent principalement.
| Type de test | Ce qu’il détecte | Limite première |
|---|---|---|
| Sérologie (ELISA / Western Blot) | Anticorps contre la bactérie | Positif longtemps après infection ancienne |
| PCR | ADN de la bactérie | Rarement positive sur le sang chez le cheval |
Le test ELISA génère beaucoup de faux positifs. Il faut toujours le confirmer par un Western Blot, nettement plus fiable. Une PCR positive sur du liquide articulaire, associée à des symptômes locomoteurs, reste le résultat surtout le plus significatif, mais c’est rare. La maladie est probablement surdiagnostiquée sur la base de sérologies positives isolées, alors que certaines formes localisées, comme les uvéites, passent peut-être inaperçues.
Traitement et prévention au quotidien
Le traitement repose sur des antibiotiques de la famille des tétracyclines (oxytétracyclines et doxytétracyclines), pendant 3 à 4 semaines minimum, avec une antibiothérapie intraveineuse en début de protocole. Les effets secondaires peuvent être sévères : diarrhée, dégradation de la flore digestive, voire insuffisance rénale. Certains vétérinaires utilisent des probiotiques pour soutenir la flore intestinale durant le traitement. Les cas asymptomatiques ne sont pas traités, pour éviter les antibiorésistances.
La prévention reste la meilleure arme. Inspecte ton cheval quotidiennement, utilise des produits insecticides contenant du DEET ou de l’icaridine, et maintiens l’herbe courte autour des pâtures. Il n’existe aujourd’hui aucun vaccin homologué pour le cheval contre cette maladie. Pour les chevaux sans atteinte articulaire ou neurologique grave, le pronostic est favorable. En revanche, une atteinte locomotrice ou neurologique sévère assombrit considérablement les perspectives sportives de l’animal.