L’article en bref
L’endurance équestre 90 km est une épreuve de fond exigeante marquant un tournant majeur dans la carrière du cavalier.
- Une discipline fédérale reconnaissant à la fois la vitesse et l’état de santé du cheval à l’arrivée, où le gagnant n’est pas forcément le plus rapide.
- Une distance charnière : premier niveau à vitesse libre après 20, 30, 40 et 60 km, constituant un saut qualitatif majeur dans la progression.
- Environ 8 heures de présence totale sur site, incluant 2 heures de pauses vétérinaires obligatoires tous les 20 à 30 km.
- Des contrôles stricts : fréquence cardiaque, hydratation, transit et allures vérifiés à chaque vet-gate, avec 80 % des éliminations dues aux boiteries.
- Entraînement progressif sur des années avec cycles variés, équipement spécifique et assistance indispensable en voiture pour rafraîchir le cheval régulièrement.
J’ai accompagné des dizaines de cavaliers dans leur progression vers leur première nationale, et je peux te dire que le jour où tu franchis la ligne d’arrivée d’un 90 km, tu ne regardes plus l’équitation de la même façon. Cette distance marque un vrai tournant. C’est là que tout devient sérieux : la préparation, la relation avec ton cheval, la gestion de l’effort. Avant d’en arriver là, encore faut-il comprendre ce qu’est vraiment l’endurance équestre 90 km et ce qu’elle implique concrètement.
Qu’est-ce que l’endurance équestre 90 km : définition et principes
L’endurance équestre est l’une des sept disciplines mondiales agréées par la Fédération Équestre Internationale, présente aux Jeux équestres mondiaux. C’est une course de fond pratiquée en pleine nature, sur des distances allant de 20 à 160 km en une journée. Le 90 km appartient à la catégorie Amateur 1 à vitesse libre, avec une vitesse minimale imposée de 12 km/h et aucune limitation maximale.
Ce qui rend cette discipline unique, c’est le double critère de jugement : la vitesse et l’état de santé du cheval à l’arrivée. Le gagnant n’est pas forcément le plus rapide, mais celui qui a couru vite en fatiguant le moins sa monture. Cette logique change tout. Quand je l’explique aux néophytes au centre, je vois souvent la surprise dans leurs yeux.
Une distance charnière dans la progression
On ne débarque pas sur un 90 km sans parcours. La progression est strictement balisée : on commence par des épreuves de 20 ou 30 km à vitesse imposée (entre 10 et 12 km/h), puis on accède aux 40 km, ensuite aux 60 km avec une vitesse encadrée entre 12 et 15 km/h. Le 90 km, appelé Nationale 1 étoile, constitue la première épreuve à vitesse libre. C’est un saut qualitatif majeur : le cavalier assume désormais seul ses choix d’allure.
Après deux classements sur cette distance, l’accès aux 120 km s’ouvre. Puis, en cas de classement, viennent les 160 km ou les 2 × 100 km sur deux jours. Chaque palier conditionne le suivant. Je connais des cavaliers qui ont mis quatre ans pour franchir sereinement l’étape du 90 km. C’est normal. Le corps du cheval s’adapte beaucoup plus lentement que son cœur.
Durée et organisation concrète de l’épreuve
À une vitesse moyenne de 15 km/h, un 90 km se court en environ 6 heures, auxquelles s’ajoutent près de 2 heures de pauses vétérinaires obligatoires. Soit 8 heures de présence totale sur le site. Pour un départ à 7h du matin, l’arrivée se profile vers 15h. C’est une vraie journée, physiquement et mentalement exigeante pour les deux partenaires.
Sur les parcours à vitesse libre, les départs se font groupés. La principale difficulté du début de course : gérer la fougue du cheval, ravi de galoper avec ses congénères et capable de se vider inutilement dans le premier kilomètre. J’ai vu des chevaux splendides flancher dès la deuxième boucle pour cette raison.
Les contrôles vétérinaires, pierre angulaire de la discipline
Les chevaux s’arrêtent tous les 20 à 30 km pour un contrôle vétérinaire complet. Sur les épreuves à vitesse libre, le chronomètre ne s’arrête qu’à l’entrée de l’aire vétérinaire (la « vet-gate »), pas à la ligne d’arrivée intermédiaire. Chaque arrêt impose une période de repos de 40 à 50 minutes avant le départ de l’étape suivante.
Le vétérinaire vérifie quatre paramètres clés :
- La fréquence cardiaque, qui doit être inférieure ou égale à 64 pulsations par minute
- Le niveau d’hydratation (test du pli de peau, couleur des muqueuses)
- La fréquence respiratoire et le transit sur les épreuves libres
- Les allures : le cavalier fait trotter son cheval sur une trentaine de mètres
Les boiteries causent 80 % des éliminations. Les problèmes métaboliques représentent les 20 % restants. À l’arrivée, le cavalier dispose de 30 minutes pour présenter son cheval au contrôle final.
Cheval, équipement et entraînement : les clés du 90 km
Le pur-sang arabe domine largement cette discipline. Sa morphologie longiligne, sa peau fine et richement vascularisée, sa proportion élevée de fibres musculaires lentes : tout le prédispose à l’effort long. Les meilleurs arabes terminent des épreuves de 160 km à plus de 24 km/h de moyenne, avec une fréquence cardiaque d’environ 120 battements par minute après huit heures au grand galop. Impressionnant.
Le shagya est statistiquement considéré comme la meilleure race pour l’endurance en France. Pour les épreuves départementales, la race importe peu. À partir du niveau national, dont fait partie le 90 km, on recherche des chevaux entre 1,45 et 1,65 m, avec une musculature longue et sèche, des allures horizontales et décontractées.
L’entraînement progressif, une affaire d’années
Le docteur Leclerc, vétérinaire et ancien entraîneur national d’endurance, aime rappeler qu’au sein de l’équipe de France, certains chevaux dépassent 17 ans (l’équivalent de 68 ans en chronologie humaine) et présentent une condition physique impeccable, sans trace d’usure articulaire. La clé ? Une progression rigoureuse et patiente.
L’entraînement repose sur des cycles alternant travail et repos. On programme entre 3 et 6 séances hebdomadaires variées, incluant du dressage en manège pour la souplesse, des sorties en dénivelé et de la randonnée pour le calme. Les chevaux de 5 à 6 ans commencent souvent par marcher ou trottiner, se renforçant sur le relief. Pour connaître les bases de progression en équitation et mieux comprendre les niveaux requis avant de s’engager en compétition, consulte notre guide sur les niveaux de galop en équitation.
L’équipement et le rôle indispensable de l’assistance
Le cavalier doit privilégier des chaussures de randonnée légère ou de trail : il devra courir à côté de son cheval lors des contrôles. Le pantalon sera dans des matières extensibles et respirantes. La selle, idéalement spécifique à l’endurance avec siège profond et quartiers matelassés, doit avant tout respecter le dos du cheval. Les selles à arçon souple sont à proscrire.
Voici un aperçu des vitesses selon les allures du cheval d’endurance :
| Allure | Distance parcourue en 1 heure |
|---|---|
| Pas | environ 7 km |
| Trot | environ 14 km |
| Galop | environ 20 km |
L’équipe suiveuse, elle, suit le cavalier en voiture et intervient tous les 5 km environ pour rafraîchir le cheval, lui donner à boire et faire baisser sa fréquence cardiaque avant la vet-gate. Sans cette assistance, participer valablement à la compétition serait impossible. Avant de te lancer, pense aussi à vérifier ta licence FFE et à te renseigner sur l’intérêt d’assurer ton cheval, deux démarches essentielles avant toute compétition sérieuse.
Sources : wiki centre equestre | l’équitation simplifiée