L’article en bref
La tendinite du fléchisseur superficiel représente 46 à 53% des lésions musculosquelettiques chez le cheval. Voici les points essentiels :
- Définition : inflammation du tendon causée par une déchirure partielle ou totale de ses fibres, évoluant en trois stades progressifs
- Signes cliniques : boiterie, chaleur et gonflement du canon, déformation caractéristique en banane, détectables à l’échographie
- Causes multiples : surentraînement, sol inadapté, mauvais aplombs, ferrure mal ajustée, compensations articulaires
- Traitement : repos strict + anti-inflammatoires + soins locaux + rééducation progressive et traitements biologiques (PRP)
- Prévention : surveillance régulière des membres, gestion du poids, compléments alimentaires, contrôle du taux de récidive atteint 58% sans rééducation
Chaque saison, dans mon centre équestre, je vois des chevaux rentrer boiteux après une séance d’entraînement. Et fréquemment, le diagnostic tombe comme un couperet : tendinite du fléchisseur superficiel. Cette pathologie représente entre 46 et 53% des lésions musculosquelettiques chez le cheval. C’est énorme. Elle représente la 2e cause d’arrêt de carrière sportive, et environ 35% des chevaux en activité en ont déjà souffert. Autant dire qu’elle est immanquable pour qui côtoie ces animaux au quotidien.
Qu’est-ce que la tendinite du fléchisseur superficiel chez le cheval ?
Anatomie et rôle du tendon fléchisseur superficiel
Le tendon fléchisseur superficiel du doigt, c’est la continuité directe du muscle fléchisseur superficiel. Concrètement, imagine une corde élastique reliant l’arrière de l’avant-bras au pâturon, en passant sous le boulet. Son diamètre avoisine les 15 mm, et il est composé d’une couche fibreuse externe et d’une couche cellulaire interne.
Sa composition repose majoritairement sur des fibres de collagène de type I, organisées en faisceaux parallèles et produites par des cellules spécialisées appelées ténocytes. Ce tissu conjonctif dense est peu vascularisé, ce qui explique en partie la lenteur de sa cicatrisation. Lors de la locomotion, ce tendon peut monter jusqu’à 45°C et supporter des charges atteignant dix fois le poids du cheval.
Dans 93% des cas de tendinites localisées au niveau du canon, c’est le fléchisseur superficiel qui est touché. Il est davantage sollicité sur les membres antérieurs, qui portent la majorité du poids du cheval. L’atteinte sur un membre postérieur reste rare, présente dans moins de 5% des cas.
Définition et mécanisme de la tendinite
Qu’est-ce qu’une tendinite du fléchisseur superficiel exactement ? C’est une inflammation du tendon provoquée par une déchirure partielle, voire totale, de ses fibres. On parle de claquage dans les cas extrêmes. La pathologie est progressive : elle débute souvent par une phase préclinique silencieuse, sans boiterie, pendant laquelle les fibres se dégradent déjà en profondeur.
Selon le degré d’atteinte, on distingue trois stades :
- Tendinite débutante : peu de lésions, boiterie légère ou absente
- Tendinite aiguë : lésions modérées à significatives, boiterie marquée
- Tendinite chronique : fibrose tendineuse, gêne locomotrice sans boiterie nette
Plus de 70% des propriétaires ont déjà observé des signes d’inflammation sur leurs chevaux, sans boiterie associée. Ce stade préclinique est redoutable, car il passe souvent inaperçu. J’ai personnellement manqué ce signal une fois sur l’un de mes chevaux de compétition, et la tendinite aiguë s’est déclarée quelques semaines plus tard.
Les signes cliniques à reconnaître
Lors de la phase aiguë, l’arrière du canon devient chaud, gonflé, douloureux. Le tendon peut prendre une forme caractéristique appelée banane. Le cheval boite, avec des signes qui permettent de reconnaître un cheval qui boite, le plus fréquemment à chaud, et s’améliore avec le repos. Dans 61,3% des cas cliniques, une boiterie est présente, et dans 93,5% des cas, une déformation est visible dès l’examen physique.
L’échographie reste l’outil de référence pour confirmer le diagnostic. Elle permet de localiser précisément la lésion, d’évaluer son étendue et de suivre la guérison. L’IRM peut compléter l’analyse dans les boiteries chroniques complexes.
| Type de lésion | Fréquence |
|---|---|
| Lésions de l’angle latéral | 38,7% (jusqu’à 50% en saut d’obstacles) |
| Lésions tendineuses diffuses | 22,6% |
| Core lesion (lésion centrale) | 16,1% |
| Région métacarpienne moyenne touchée | 74,2% |
Causes, traitements et prévention de la tendinite du tendon fléchisseur
Pourquoi cette pathologie survient-elle ?
Les causes sont multiples. Du côté extrinsèque, un sol trop profond, un surentraînement, une ferrure mal adaptée ou des bandes trop serrées fragilisent le tendon. Un cheval doit être referré toutes les six semaines environ, et ne jamais dépasser deux mois sans ferrure s’il travaille.
Les facteurs intrinsèques incluent de mauvais aplombs, un excès de poids, l’âge ou la fatigue des fibres. L’âge moyen des chevaux atteints est de dix ans, avec un pic chez les jeunes adultes de sept ans. Les hongres et mâles représentent 61,1% des cas, probablement en raison d’un poids corporel plus élevé. L’étude menée entre 2003 et 2006 sur une clientèle équine de l’est de la région parisienne a montré que 42% des chevaux étudiés avaient déjà présenté une tendinite du même fléchisseur superficiel auparavant.
Pensez aussi aux compensations : une arthrose chez le cheval ou toute autre douleur articulaire sur un membre peut surcharger le membre opposé et déclencher une tendinite. C’est un mécanisme fréquent, fréquemment sous-estimé.
Traitement et rééducation
Le repos strict seul n’est pas suffisant : il génère des récidives dans 76% des cas. Le traitement médical repose sur des anti-inflammatoires, comme la phénylbutazone à la dose de 2,2 mg/kg deux fois par jour pendant deux jours, puis une fois par jour pendant 6 à 12 jours. Les soins locaux comprennent l’application de froid en phase aiguë, puis un vésicatoire 15 à 20 jours après le diagnostic pour stimuler la cicatrisation.
Des traitements biologiques comme le plasma riche en plaquettes (PRP), riche en facteurs de croissance, favorisent la synthèse de collagène de type I. La rééducation progressive est absolument fondamentale : sans elle, les récidives surviennent dans plus de 58% des cas. Le retour à l’activité normale peut prendre de trois mois pour les formes légères, jusqu’à deux ans dans les cas sévères.
Prévenir la récidive, le vrai défi
Le taux de récidive varie fortement selon la discipline : 23% chez les chevaux de saut d’obstacles, contre 66,7% chez les galopeurs. 35,5% des chevaux n’ont jamais retrouvé leur niveau sportif initial. Ces chiffres imposent une vraie stratégie de prévention.
Surveille les membres avant et après chaque séance. Surveille le poids du cheval pendant la convalescence. Et intègre des compléments comme le MSM ou l’Harpagophytum, reconnu pour ses propriétés sur la locomotion équine. Le pronostic favorable avec reprise durable des compétitions n’est obtenu que dans 25 à 50% des cas : chaque détail compte.