L’article en bref
L’article en bref
Le fer à planche est un outil orthopédique mal connu qui transforme la locomotion équine en répartissant les contraintes différemment.
- Structure unique : Une barre de traverse relie les deux éponges arrière, augmentant la surface portante et soulageant l’appareil fléchisseur
- Indications thérapeutiques : Idéal pour le syndrome podotrochléaire, la fourbure et la rééducation post-blessure
- Matériaux : L’aluminium est trois fois plus léger mais aussi trois fois plus cher que l’acier
- Coût : À partir de 70 € pour ferrure classique, jusqu’à 200 € avec résine kinésithérapique
- Fréquence : Renouvellement tous les 4 à 6 semaines selon la repousse cornée et la discipline
J’ai passé des années à observer des maréchaux-ferrants travailler sur les pieds de mes chevaux, et je dois dire que le fer à planche reste l’un des outils orthopédiques les plus mal compris des cavaliers. Pourtant, dans mon centre équestre, il revient régulièrement dans les discussions dès qu’un cheval présente des fragilités aux sabots ou des problèmes de locomotion. Voici ce que j’ai appris, sur le terrain, à son sujet.
Qu’est-ce qu’un fer à planche : structure et fonctionnement
Le fer à planche, c’est un fer fermé dont la forme caractéristique saute aux yeux immédiatement. Les deux éponges, c’est-à-dire les extrémités arrière du fer, sont reliées entre elles par une barre de traverse. Parfois, elles sont simplement contournées l’une vers l’autre puis soudées. C’est ce pont arrière que l’on appelle « la planche », et c’est lui qui change tout.
Grâce à cette planche, la surface portante du sabot augmente. Les contraintes se répartissent différemment sur l’ensemble du pied. La fourchette, cette partie centrale et souple du dessous du sabot, participe activement à l’appui. C’est précieux, notamment quand un cheval présente des talons chevauchés ou des bords d’appui abîmés.
Autre point que je trouve vraiment intéressant : le fer pénètre moins le sol dans sa partie postérieure. Résultat, l’appareil fléchisseur profond du doigt se trouve soulagé. En fin d’appui, les phalanges se mettent moins en extension, et le pied bascule plus facilement. Sur des sols meubles, le fer s’enfonce nettement moins qu’un fer classique.
Le soulagement de l’appareil locomoteur
Quand la fourchette descend, la planche lui offre un appui, et c’est là que la magie opère. Les contraintes sur le perforant, la bride carpienne et l’os naviculaire diminuent sensiblement. C’est pourquoi le fer à planche est souvent prescrit pour prévenir ou traiter le syndrome podotrochléaire, aussi appelé maladie naviculaire.
J’ai vu des chevaux boiteux depuis des mois retrouver une allure correcte après quelques semaines avec ce type de ferrure. Ce n’est pas systématique, bien sûr, mais ça reste frappant.
Les matériaux disponibles : acier ou aluminium ?
Ce fer est relativement lourd dans sa version acier. C’est pourquoi on lui préfère souvent le modèle aluminium. Un fer en aluminium est 3 fois plus léger, 3 fois moins résistant et 3 fois plus cher que son équivalent en acier doux. Ce compromis mérite réflexion selon l’usage. Pour un cheval en rééducation ou sensible, l’allègement prime. Pour un travail intensif sur terrain dur, la résistance de l’acier reste pertinente.
Il existe plusieurs formes sur le marché : ovales, à planche droite, en cœur. Certains maréchaux-ferrants expérimentés confectionnent encore leurs fers entièrement à partir d’un lopin, ce savoir-faire artisanal étant à la croisée de la maréchalerie, son histoire et ses techniques.
Utilisations thérapeutiques et surfaces d’application
Voici les principales indications cliniques pour lesquelles ce type de ferrure est recommandé :
- Prévention et traitement du syndrome podotrochléaire
- Stabilisation du pied lors des traitements de kératomes et de fourbure
- Convalescence après traitement de seimes
- Rééducation post-chirurgicale ou post-blessure
- Correction des défauts d’aplomb
Du côté des surfaces, ce ferrage convient particulièrement aux chevaux exposés à des sols durs : routes goudronnées, cours bétonnées, pavés, terrains rocailleux ou sable durci. La planche protège contre l’usure excessive, améliore l’adhérence et réduit les risques de glissade. Sur terrain meuble, elle limite également l’enfoncement du pied, ce qui protège les structures internes à chaque foulée.
Ferrure thérapeutique et rôle du maréchal-ferrant
Denis Leveillard, maréchal-ferrant spécialiste en orthopédie et pathologie du pied du cheval, le résume avec une formule que j’aime beaucoup : « L’art de la maréchalerie, c’est le parage, pas la ferrure. On peut poser des fers les plus confortables sur un pied mal paré, ça n’ira pas. » Autrement dit, la pose du fer n’est rien sans un bon parage préalable.
Pour comprendre pourquoi ferrer un cheval et les bienfaits de cette pratique, il faut garder en tête que la ferrure sert autant à protéger qu’à corriger. Ce fer augmente aussi la flexion paturon-pied, ce qui améliore la circulation sanguine dans le sabot. La pompe sanguine du pied est essentielle à la santé globale du membre.
Ce que ça coûte réellement
Soyons directs sur les tarifs. Une ferrure classique revient à minimum 70 euros pour les quatre pieds. Dès qu’on ajoute des résines, des plaques ou des fers kinésithérapiques, la facture peut dépasser 200 euros. Le fer en aluminium, rappelons-le, coûte trois fois plus que son homologue en acier. C’est un investissement, mais quand un cheval souffre, ce n’est pas le moment de lésiner.
| Type de ferrure | Coût estimé | Matériau |
|---|---|---|
| Classique (4 pieds) | À partir de 70 € | Acier |
| Aluminium simple | 50 à 90 € le fer | Aluminium |
| Kinésithérapique / résine | Jusqu’à 200 €+ | Mixte |
Bien choisir sa ferrure : morphologie, discipline et fréquence
Depuis environ 20 ans, l’industrie de la ferrure a évolué considérablement grâce à une optimale compréhension biomécanique du pied du cheval. On est passé d’une logique de cheval de travail agricole à une approche scientifique, orientée vers le cheval de sport.
Le choix du fer dépend avant tout de la morphologie du cheval et de sa discipline. Pas de sa race, pas de son âge. Un poulain lors de sa première ferrure doit « rentrer dans ses chaussures », mais ensuite, les choses changent peu, sauf pathologie. Le maréchal doit analyser l’activité, le caractère, l’historique sanitaire et les attentes du propriétaire.
Pour la fréquence, les chevaux de sport reviennent toutes les 4 à 6 semaines, selon la repousse de la corne (environ 1 cm par mois) et la discipline. Il vaut mieux des bras de levier courts que trop longs : un sabot trop long augmente les contraintes articulaires, surtout aux allures vives. Pour tout savoir sur la fréquence de passage du maréchal-ferrant et les recommandations de ferrage, l’essentiel est de ne pas attendre que le cheval signale un inconfort.
Anecdote personnelle : j’ai longtemps sous-estimé l’intervalle de ferrage sur l’un de mes chevaux de dressage. Résultat : des aplombs déréglés et deux mois de boiterie légère. Depuis, je suis les recommandations à la lettre. Le fer à planche, bien posé, bien paré, reste l’un des meilleurs alliés d’un cheval fragilisé.