L’article en bref
L’article en bref : La DSLD est une dégénérescence systémique du ligament suspenseur affectant progressivement les chevaux, particulièrement les ambleurs péruviens.
- Maladie systémique : Au-delà du ligament suspenseur, elle touche tendons, système cardiovasculaire et tissus oculaires
- Races vulnérables : Peruvian Paso, Paso Fino, Arabes et Quarter Horse présentent des taux d’incidence très élevés
- Signes progressifs : Boiterie irrégulière, gonflements des boulets, trébuchements et changements comportementaux
- Diagnostic échographique : Seule l’imagerie confirme l’élargissement ligamentaire et les déchirures de fibres
- Aucune cure disponible : Les traitements restent palliatifs avec ferrure adaptée, alimentation et suppléments anti-inflammatoires
J’ai vu passer des cas de boiterie progressive qui m’ont laissé perplexe pendant des années dans mon centre équestre. Des boulets qui s’affaissent doucement, des chevaux qui buttent sans raison apparente… Ce n’est qu’en approfondissant mes recherches que j’ai mis un nom précis sur cette réalité : la desmite du ligament suspenseur, et plus particulièrement sa forme dégénérative, la DSLD. Laisse-moi t’expliquer clairement ce que c’est.
Qu’est-ce qu’une desmite du ligament suspenseur ?
La desmite du ligament suspenseur dégénérative, connue sous l’acronyme DSLD (Degenerative Suspensory Ligament Desmitis), est bien plus qu’une simple inflammation ligamentaire. Le terme « desmite » vient du grec desmos, qui signifie lien. Il désigne l’inflammation ou la lésion d’un ligament, par opposition à la tendinite qui touche les tendons. Ici, c’est le ligament suspenseur qui est en cause.
Ce ligament part de l’arrière de l’os du canon. Il se divise en deux branches au niveau du boulet, entourant les os sésamoïdes. Schématiquement, il ressemble à un Y à l’envers. Son rôle est fondamental : il stabilise le boulet et amortit les chocs à chaque foulée.
Un trouble systémique, pas juste un problème de ligament
Ce qui distingue vraiment la DSLD d’une desmite classique, c’est son caractère systémique. D’après une étude menée en 2006 par l’Université de Géorgie, portant sur 28 chevaux affectés et 8 animaux témoins, la maladie ne se limite pas aux ligaments suspenseurs. Elle touche aussi les tendons fléchisseurs, les ligaments patellaires, le ligament nucal, le système cardiovasculaire, et même les tissus oculaires.
La cause réside dans une accumulation excessive de protéoglycanes, des protéines glycosylées naturellement présentes dans les tissus conjonctifs. Chez les chevaux malades, cette accumulation a une composition modifiée qui affaiblit les tissus au lieu de les soutenir. Résultat : les boulets s’hyperétendent, les mouvements deviennent douloureux, et la boiterie s’installe progressivement. La DSLD a été identifiée pour la première fois à la fin du 20e siècle. Elle est aujourd’hui aussi appelée ESPA (accumulation systémique de protéoglycanes équine).
Les races les plus exposées
Toutes les races peuvent être touchées, mais certaines sont clairement plus à risque. Le cheval Peruvian Paso (ambleur péruvien) est la race la plus documentée : la DSLD peut atteindre 40 % des individus dans certaines familles. Dans l’étude de l’Université de Géorgie, 22 des 28 chevaux affectés étaient des ambleurs péruviens, les 6 autres étant d’autres races.
Voici les races identifiées comme particulièrement vulnérables :
- Peruvian Paso et Paso Fino
- Chevaux arabes et Quarter Horse
- Warmblood européen et Saddlebred américain
- Akhal-Teke
La recherche suggère fortement une transmission héréditaire, au moins partielle. Des taux d’incidence très élevés au sein de certaines lignées confirment cette hypothèse génétique.
Reconnaître et diagnostiquer la desmite du suspenseur
Les signes cliniques à surveiller
Dans mon élevage, j’ai appris à observer les membres avec minutie matin et soir. Les premiers signaux de la DSLD sont régulièrement discrets. La boiterie s’installe à froid, irrégulière, touchant fréquemment plusieurs membres à la fois, antérieurs ou postérieurs. Si tu remarques que ton cheval boite ou présente des allures irrégulières, c’est un signal d’alarme à ne pas ignorer.
D’autres signes apparaissent progressivement : les boulets s’élargissent, gonflent, et chauffent. Le cheval trébuche fréquemment, tape du pied, se couche souvent. Il peut s’asseoir comme un chien avant de se lever complètement, ou chercher à s’appuyer sur des objets pour soulager la douleur. Des changements de comportement, une irritabilité inhabituelles, ou encore des anomalies cutanées (peau lâche, taches blanches) peuvent également apparaître.
Comment le vétérinaire pose le diagnostic
Le diagnostic de la DSLD reste délicat, surtout en début de maladie. Beaucoup de symptômes ressemblent à d’autres pathologies comme les coliques ou des troubles neurologiques. Le vétérinaire commence par la palpation : les ligaments suspenseurs des chevaux atteints sont élargis, durs, parfois nodulaires ou spongieux. Des tests de flexion des boulets sont réalisés. Si deux membres ou plus échouent au test, une DSLD est fortement suspectée.
L’échographie reste l’outil de référence. Elle révèle un élargissement des branches médiale et latérale du ligament, des déchirures des fibres de collagène, des irrégularités de structure, voire des calcifications. Seule l’imagerie permet de trancher avec certitude, comme pour distinguer desmite et tendinite. D’ailleurs, la distinction est notable : si tu t’intéresses aux pathologies articulaires du cheval, les mécanismes dégénératifs se retrouvent aussi dans l’arthrose chez le cheval, qui suit une logique similaire de dégradation progressive du tissu conjonctif.
| Critère | Desmite | Tendinite |
|---|---|---|
| Tissu touché | Ligament (os à os) | Tendon (muscle à os) |
| Cause fréquente | Trauma, déséquilibre biomécanique | Effort excessif, terrain dur |
| Durée de repos | 6 mois à 1 an | 6 mois à 1 an |
| Diagnostic de certitude | Échographie | Échographie |
Gérer et accompagner un cheval atteint de DSLD
Traitements et soins palliatifs
Soyons directs : il n’existe à ce jour aucun traitement curatif pour la DSLD. Aucun moyen fiable ne permet d’en stopper la progression. Cela m’a profondément attristé lorsque j’ai dû l’expliquer à des propriétaires dans mon centre. Pourtant, des soins adaptés peuvent préserver la qualité de vie du cheval pendant de nombreuses années.
La ferrure orthopédique aide à soutenir les membres affectés. Une alimentation pauvre en amidon et en sucres limite les processus inflammatoires. Des sources d’oméga-3 anti-inflammatoires, ainsi que des suppléments comme le MSM (méthylsulfonylméthane), soutiennent la santé des tissus conjonctifs. Pour la douleur, des anti-inflammatoires comme le firocoxib peuvent être utilisés sur prescription vétérinaire. La phénylbutazone, elle, reste réservée aux traitements courts en raison de ses effets gastro-intestinaux.
Prévention et pratiques d’élevage responsables
La prévention commence avant même l’achat. Pour les races à risque comme le Paso Fino ou le Peruvian Paso, une évaluation ligamentaire lors de l’examen préachat est fortement recommandée. Du côté de l’élevage, éviter de reproduire des chevaux avec des antécédents connus de DSLD est essentiel pour ne pas propager le gène dans les générations suivantes.
La difficulté réside dans le fait que la maladie se manifeste tardivement. Un cheval peut terminer ses années de reproduction sans afficher le moindre symptôme, transmettant silencieusement la prédisposition génétique. La recherche travaille actuellement sur un test génétique qui permettrait d’identifier les chevaux porteurs avant même l’apparition des premiers signes cliniques. Cette avancée changerait profondément les pratiques d’élevage.
Pour les protections, les bandes et guêtres de soutien restent de bons alliés, à condition de ne pas les laisser plus de 12 heures par jour. Le mouvement régulier à faible intensité, en liberté autant que possible, reste préférable au repos prolongé en box.
Sources : wiki centre equestre | l’équitation simplifiée