L’article en bref
La fourbure est la deuxième cause de mortalité équine après les coliques. Cette inflammation des lamelles du sabot nécessite une prise en charge rapide et efficace.
- Définition : Inflammation douloureuse des 600 lamelles du sabot provoquant un basculement de la troisième phalange et une compression vasculaire.
- Symptômes clés : Pieds chauds et douloureux, pouls digité présent, boiterie franche, posture caractéristique d’assis, réticence au déplacement.
- Causes principales : Mise à l’herbe brutale, surpoids, syndromes de Cushing et métabolique équin, maladies systémiques, corticoïdes prolongés.
- Traitement urgent : Cryothérapie continue (moins de 4°C pendant 72h), AINS, parage adapté, box avec litière épaisse, traitement de la cause sous-jacente.
- Prévention : Introduction progressive du pâturage, contrôle alimentaire régulier, suivi vétérinaire des chevaux âgés, entretien fréquent des sabots.
La fourbure est la deuxième cause de mortalité chez les chevaux, juste après les coliques. Dans mon centre équestre, j’ai malheureusement vu plusieurs chevaux en souffrir, certains légèrement, d’autres de façon bien plus dramatique. C’est une pathologie qu’on ne doit jamais prendre à la légère, et je veux t’expliquer clairement ce qu’elle est, comment la reconnaître et surtout comment l’éviter.
Qu’est-ce que la fourbure du cheval : définition et mécanisme
La fourbure du cheval, aussi appelée laminite, est une inflammation douloureuse des lamelles du sabot. Ces lamelles sont deux couches de protubérances imbriquées qui retiennent la muraille sur le sabot et soutiennent la troisième phalange (l’os du pied). Un pied équin contient environ 600 lamelles, autant dire que leur rôle est fondamental.
Quand l’inflammation s’installe, le podophylle (la chair sensible) et le kéraphylle (la corne) se désolidarisent. La troisième phalange n’est plus maintenue correctement et bascule vers le bas. Ce basculement comprime les vaisseaux sanguins, créant une congestion douloureuse du pied. Cette phase dure entre 3 à 6 semaines, pendant lesquelles un suivi radiographique rigoureux est indispensable.
Dans les cas les plus graves, la pointe de la phalange peut descendre jusqu’à transpercer la sole. Le pronostic devient alors sombre. J’ai vécu cette situation avec une jument de 12 ans chez un de mes éleveurs partenaires : malgré tous les soins, le basculement était trop avancé. Un souvenir difficile qui m’a rappelé l’importance d’agir vite.
La fourbure touche préférentiellement les antérieurs, mais peut affecter n’importe lequel des quatre membres. Elle se présente sous deux formes : aiguë (intense et courte) ou chronique (lésions installées dans le temps). La phase pré-clinique dure en moyenne 20 à 40 heures, suivie d’une phase clinique de 24 à 72 heures sans traitement.
Les symptômes à repérer rapidement
Reconnaître les premiers signes, c’est gagner un temps précieux. Les pieds chauds et douloureux, la présence d’un pouls digité (normalement absent au niveau du paturon), des piétinements répétés et une réticence à se déplacer sont des alertes claires. La boiterie est franche, surtout en virage. Pour savoir reconnaître un cheval qui boite et identifier les causes, observe attentivement sa démarche au quotidien.
La posture caractéristique est le basculement du poids vers les postérieurs, donnant l’impression que le cheval veut s’asseoir. En cas de forte douleur, une prostration peut survenir, parfois suivie d’un décubitus prolongé.
Fourbure chronique : les signes à surveiller sur le long terme
Lors de la forme chronique, la modification de la forme du pied devient le principal indice. Des anneaux de croissance divergents (serrés à la pince, larges au talon), une ligne blanche élargie, une sole aplatie ou des abcès récurrents doivent alerter. La démarche reste raide, avec des difficultés particulières à tourner court sur sol dur.
Causes et facteurs de risque de la laminite
Les causes sont multiples et régulièrement combinées. L’alimentation pèse dans la balance : une mise à l’herbe brutale au printemps, un pillage de réserve de grain, ou une ration trop riche en amidon et en fructosane peuvent déclencher une crise. Les glucides non structuraux en excès perturbent la flore intestinale, provoquent une acidose et libèrent des toxines qui endommagent les lamelles du sabot.
Les maladies systémiques constituent un autre groupe de causes : coliques, diarrhées, pneumonies, métrites, infections à salmonelle ou à la fièvre équine du Potomac peuvent provoquer une endotoxémie, situation où des toxines bactériennes traversent la muqueuse intestinale et modifient la circulation dans le pied.
Parmi les facteurs métaboliques, deux conditions dominent :
| Condition | Chevaux concernés | Mécanisme |
|---|---|---|
| Syndrome de Cushing (PPID) | Principalement plus de 15 ans | Excès de cortisol et d’insuline inflammant les lamelles |
| Syndrome Métabolique Équin (SME) | Tous âges, surtout poneys | Résistance à l’insuline favorisant la fourbure |
95 % des chevaux en surpoids ou obèses présentent des taux élevés d’insuline, même sans signe apparent de Cushing. Le surpoids exerce aussi une pression mécanique directe sur les structures du pied. Attention également à l’exposition aux copeaux de Juglans nigra (noyer noir) : la laminite peut se développer en 24 à 48 heures après contact ou ingestion. De même, un usage prolongé de corticoïdes ou une surcharge d’appui suite à une fracture de l’autre membre peuvent déclencher une fourbure d’appui, particulièrement difficile à gérer.
Diagnostic et suivi vétérinaire
Le diagnostic repose d’abord sur l’observation clinique. La radiographie, possible à partir de 3 semaines après le début des symptômes, permet de mesurer la rotation de la troisième phalange et d’évaluer la gravité. Un phlébogramme, réalisé avec injection d’Omnipaque, visualise la vascularisation du pied. Des analyses sanguines mesurent notamment l’ACTH, l’insuline et la T4. L’outil Stablelab, qui mesure l’amyloïde sérique A, permet une détection précoce de l’inflammation. Une étude portant sur 22 chevaux sains et 38 chevaux atteints a montré que ces derniers présentaient des taux réduits d’hémoglobine, d’hématocrite et de globules blancs.
Traitement et soins adaptés
Traiter la cause est impératif. Sans cela, aucun soin local n’est efficace. La cryothérapie continue (maintien du sabot à moins de 4 degrés Celsius pendant 72 heures) réduit l’inflammation et protège les lamelles. Des AINS comme la phénylbutasone ou la flunixina soulageront la douleur. L’aspirine, grâce à son effet fluidifiant, améliore la circulation. Si la douleur persiste, la gabapentine peut être prescrite. Le parage et la ferrure adaptée par un maréchal-ferrant qualifié sont essentiels : pour comprendre pourquoi ferrer un cheval est significatif pour sa santé, cela prend tout son sens ici. Le cheval doit rester au box sur litière épaisse, sans exercice.
Prévenir la fourbure : les bons réflexes au quotidien
La prévention reste le meilleur outil. Introduis progressivement le pâturage de printemps, surveille la condition corporelle de ton cheval régulièrement et évite tout accès soudain à une herbe luxuriante. Les sucres végétaux sont les plus concentrés entre fin de matinée et fin d’après-midi : c’est le moment à éviter pour une mise à l’herbe.
Voici les réflexes essentiels à adopter :
- Contrôler régulièrement l’épaisseur de la sole et la chaleur des pieds
- Gérer l’alimentation avec soin (foin faible en sucre, aucun concentré céréalier en excès)
- Faire suivre les chevaux âgés pour dépister précocement le syndrome de Cushing
- Consulter un nutritionniste si le cheval présente des facteurs de risque identifiés
Un entretien régulier des sabots, qui lutte contre les facteurs de stress des structures lamellaires, est aussi fondamental. La fourbure est intimement liée à d’autres pathologies des membres : certains chevaux présentent également de l’arthrose chez le cheval, avec ses propres symptômes et sa définition, ce qui complique occasionnellement le diagnostic différentiel. En cas de suspicion d’une maladie hormonale, le dépistage et les traitements existent : ne tarde pas à consulter ton vétérinaire.
Sources : wiki centre equestre, l’équitation simplifiée